Dimanche de Pâques, famille à la maison. Ma belle-sœur me demande si notre fille de 2 ans et demi tout pile aussi dit non à tout. J’allais répondre oui puis j’ai réfléchi, tentant de me souvenir de la dernière fois. En fait, elle a cessé d’opposer un non systématique… pour varier avec des « c’est moi qui décide« , ou « moi j’ai dit« . Hier soir, au moment où elle négociait 3 histoires au lieu d’une lors du coucher : »je veux pas les règles« . Donc oui, elle s’oppose.

A ses deux ans, j’avais débuté cet article pour synthétiser mes recherches sur ce fameux Terrible Two. Depuis six mois, je n’ai pas eu le temps d’y revenir, alors que nous sommes vraiment dedans. Retour donc.

A deux ans tout juste, elle sait déjà comment obtenir une réaction : me balancer son jouet en bois au visage (coucou Florence Foresti !) quand je traîne trop sur la tablette, crier de plus en plus fort quand papa gagatise sur le chaton trop longtemps (soit plus de 5 secondes), se lever de table quand papa ne la regarde/écoute pas (elle cherche presque constamment notre regard) ce qui le fait automatiquement réagir…

Edit d’avril : On lui a expliqué (en fait on le fait constamment) que si elle veut qu’on s’occupe d’elle, elle le demande au lieu de taper/crier/faire des choses interdites. A deux ans et demi, elle ronchonne un « je suis très énervé moi » quand elle est mécontente de quelque chose. Quand elle a besoin d’attention, elle déclare : « je veux qu’on m’occupe ». Même si parfois c’ets à nous de devinier le « vrai » problème. Conclusion : le travail sur l’expression des émotions (merci Filliozat et merci Tata M pour m’avoir fait réaliser ça) donne de beaux résultats rapidement en fait !

Elle dit non à n’importe quoi, par phase. J’avais retenu qu’il est bien que les enfants puissent s’opposer/s’affirmer ainsi. Au lieu de me braquer, je lui fais plein d’autres propositions, qui la font sourire et auxquelles elle peut répondre un grand « Non ! » Je garde à l’esprit qu’il ne faut pas rompre la communication, et que le jeu permet de rétablir le contact.

« C’est l’heure de t’habiller ». « Non ». « On va te déshabiller alors! » « Non » « Te mettre en maillot de bain » « Non » avec le sourire qui pointe. « Tu vas aller dehors toute nue » « Nooonn! »

D’ailleurs on l’a faite celle-là. En mars 2016, il faisait très doux. Elle refusait de s’habiller pour partir de chez grand-mère. On lui a expliqué qu’on n’avait pas envie de se battre avec elle, que si elle ne voulait pas s’habiller elle aurait froid, mais que là, il était l’heure d’aller dans la voiture. Donc soit elle s’habillait, soit non, mais elle allait dans la voiture. On l’a sortie en maillot de corps, pull et culotte. Elle n’en revenait pas. On ne s’est pas mis en colère, et cela l’a rassurée que je lui mette son manteau sur les jambes pour la réchauffer, en lui réexpliquant pourquoi on avait fait ça. Mais elle était interloquée par notre réaction. Depuis, ça va mieux.

Il est bien qu’elle s’affirme, mais il y a encore des limites. Ces limites étant là pour une raison d’ailleurs. Néanmoins, savoir que cette phase d’opposition d’affirmation a ses raisons.

A cet âge, l’enfant prend conscience qu’il est une personne, autonome de ses parents et notamment de sa mère. Peu à peu, ma fille a cessé de nous confondre dans nos désirs. S’opposer revient donc pour l’enfant à s’affirmer.

Deuxième élément à prendre en compte : le cerveau en pleine maturation, incapable de gérer l’afflux d’émotions qu’il ne sait souvent même pas reconnaître (cf le Dr Catherine Gueguen notamment) Et c’est la figure d’attachement, autrement dit la maman, qui se prend tout dans la poire puisque avec elle l’enfant lâche les vannes, ne cherche plus à contenir ni à contrôler ses émotions. Dans ces moments-là, j’essaie de me rappeler que c’est parce que je fais bien mon boulot de maman… Malgré les « je veux pu te voir, va t’en, je t’aime pu… »

Troisième élément : c’est une période critique pour l’autonomie. Plus vraiment un bébé dépendant entièrement de nous, notre fille marche, parle (sait se servir dans les placards)… « Mais je suis encore toute petite maman« . Elle devient une enfant. En quelques mois.

Je renvoie (et copiecolle éhontément) au blog A la Douce, qui rapporte les propos tenus dans le livre Tout se joue avant 6 ans:

« Si vous regardez au-delà des épreuves quotidiennes, vous devez comprendre que votre enfant est en train de découvrir son individualité en opposition au conformisme social.
Rappelez-vous qu’un nouveau-né n’a pas la conscience du « Moi ». (…) Le stade de développement dont nous parlons est le premier au cours duquel votre enfant acquiert vraiment le sens de sa personnalité unique. Et l’une des choses qu’il doit nécessairement faire pour établir le sentiment de son identité est de s’opposer à ses parents, en prenant une attitude négative. Pour qu’il puisse définir qui il est et ce qu’il désire, il faut qu’il passe par une phase de négation et de défi.
En d’autres termes, la prise de conscience de soi négative fait partie de la lutte menée à cet âge pour la prise de conscience de soi positive. […] Donc la tâche nouvelle assignée à l’enfant pendant ce stade de développement est d’acquérir fermement le sens de son individualité, le sens profond de ce qu’il est
. »

Ça, c’est pour la théorie. Et côté pratique, qu’est-ce que je retiens de ce terrible two ?

En cas de crise : Ecoute, empathie, calme et CNV.

  • Lui prêter attention, l’écouter en reconnaissant ses émotions = droit d’être en colère, je comprend tes raisons, la colère va partir… Et finir avec un câlin de réconfort dont elle a généralement besoin après.
  • Le tout en restant calme, pour lui montrer par l’exemple comment gérer ses émotions. Respirer, et se souvenir que ce n’est pas contre soi. Au pire appeler le papa à l’aide, puisque c’est évidemment quand je suis la plus vulnérable qu’elle éclate.
  • S’accrocher à la communication non violente. Pas de « tu » agressif, mais du « je » et du « ressenti ».
  • Expliquer qu’on ne sait pas comment l’aider. Ma fille veut que je reste à moins d’un mètre, mais pas trop près d’elle. Quelques fois, elle aime qu’on lui appuie sur le ventre pour l’aider à souffler.

Ouais. En théorie aussi. Parce que la dernière fois, après la crise en pleine rue alors que je lui avais dédié ma journée de récup’ avec sorties, etc., quand elle s’est roulée sur le sol ok je suis restée calme… avec les larmes aux yeux, découragée et ayant l’impression de me planter totalement. Mais calme.

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Mouais…

Et pour éviter les crises ? En premier lieu, s’assurer que les bases sont bonnes :

  • taux de sucre ni trop haut (elle s’est gavée de bonbons), ni trop bas (elle a faim). Voir cet article sur les aliments et les troubles du comportement.
  • pas de fatigue, ni physique (heure du coucher dépassée, pas assez dormi…) ni, plus terrible, émotionnelle (s’est faite crier à la crèche par exemple)
  • De même, le réservoir émotionnel doit être ok. Elle ne doit pas avoir besoin de décharger, ni de jouer
  • et elle n’est pas malade

Ensuite, ce qui fonctionne le mieux chez nous sont les échappatoires. Se rappeler des cocotte minutes : si rien ne sort jamais, ça finit par exploser (y a pas que les enfants d’ailleurs).

  • Lui permettre (voire lui donner l’occasion) de dire non de temps en temps, et de choisir. Les jeunes enfants se voient tout imposer : ce qu’ils mangent, comment ils s’habillent, regarder ou non la télé, à quoi jouer, combien de temps, etc. Plus de liberté, de respect de sa personne et de sa personnalité aident à mieux supporter les « obligations obligatoires ».
  • Prévenir du programme, instaurer des rituels. Savoir ce qu’il va se passer est rassurant et donne une impression de contrôle. Il faut que je prenne le temps de mettre en image le rituel du matin, avec un de ces minuteurs où le temps restant s’affiche comme une zone rouge.
  • L’associer à nos activités. Elle aime beaucoup aider et faire comme les grands: mettre la table, faire à manger, débarrasser, balayer, ranger les habits… Profitons-en tant que ça dure !
  • L’aider à reconnaître ses émotions grâce au vocabulaire. Par exemple, être surprise et avoir peur, être énervée et en colère. D’ailleurs, mieux vaut utiliser « je me sens » que « je suis ». Mais c’est un autre sujet.
  • Ignorer les comportements négatifs, renforcer les positifs. Comme en éducation canine, les comportements sans résultats cessent. Ouais, bon, pas facile à mettre en place sur certaines choses.
  • Revoir les règles pour les adapter à son évolution personnelle.

 

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