Où l’on parle du Coin, du Zen et de cacao en poudre

 – Cet article n’avait pas été publié lors de sa rédaction, qui doit remonter à l’automne. Une saison entière s’est écoulée (nous sommes fin mars). Je viens de le relire, et écouter ses propres conseils fait parfois du bien. Se souvenir à quel point on y croit aussi. Publication validée !

J’ai réalisé en discutant avec sa marraine que je n’avais mis ma fille qu’une fois au coin. Elle avait un an et quelques je crois, et m’avait mordue ! Bébé Croco faisait également ses dents à la crèche, parfois sans raison apparente. Aujourd’hui encore, à 2 ans, elle mord de colère, ou d’excitation : quand l’émotion est trop grande à contenir. Mais elle ne referme plus ses mâchoires et se contente de coller la bouche (enfin, faut le savoir : je comprends que ses copains de crèche ne soient pas d’accord !) Edit d’avril : et encore une morsure à la crèche… Faut qu’on arrête aussi de jouer à la manger aussi, ça peut aider.

Elle connaît le Coin : c’est utilisé à la crèche. Chez nous, y en a pas vraiment en fait, à moins d’être dans le courant d’air, ou trop près à mon goût des équipements multimédias. Et puis, surtout, nous n’avons pas ce réflexe. Je suis plutôt contre en fait. L’isoler, la rejeter d’une quelconque façon me hérisse. Pourtant…

Lors de la visite d’amis, j’ai constaté qu’il y avait des coins chez moi, et que c’était une sanction bien adaptée à certains comportements : l’isoler pour qu’il/elle ne perturbe pas les autres et se reprenne, réalise que son attitude n’est pas adaptée. A la place de mes amis, je ne sais pas quelle autre option j’aurais pu choisir, à part quitter la maison… et nous punir nous et nos amis en mettant fin à notre soirée !

Mais non, à la maison, elle n’a été au coin qu’une fois. Cette fois où elle m’a mordue et que l’éloigner de moi (dans la même pièce, mais elle a bien compris le message) était la solution la moins violente.

Est-ce parce que ma fille est un petit ange plein de douceur, toujours sage ? Pas vraiment, non. Ma fille a un caractère proche du mien, d’après ma mère et son père (qui n’était pas en reste de bêtises), un petit tourbillon d’énergie, moulin à paroles et attention whore (le terme est volontairement exagéré!)

Nous appliquons le meilleur conseil que j’ai entendu : Choisissez vos batailles ! Qu’est-ce qui importe vraiment ? Et avec mon côté très relativiste, qui a toujours remis en cause, questionné un tas de choses, ça donne une vie plutôt cool. La plupart de ses « bêtises » nous font rire. Quand on lui explique, elle ne recommence pas… ou alors c’est que c’est vraiment trop tentant (comme sauter et marcher sur le canapé : 1 an qu’on répète, et elle avec nous, que c’est interdit !).

Roo ma douce, qu’est-ce qui ne va pas ? Ah, tu fais ça parce que c’est rigolo ?

Elle fait tomber du cacao en poudre en le versant dans son biberon ? C’est pas grave (une des phrases qu’elle répète souvent !) lui répond son père. Alors quand elle le fait avec sa mère, elle lève un regard interrogateur et demande « c’est pas grave ». Oui, ce n’est pas grave, du tout. Ce matin, elle a pris le sac d’amandes et a tout renversé. « Oohhh ! Pourquoi tu as fait ça ? » Elle a eu un petit air apeuré et m’a dit « c’est pas grave ». Ben non chérie, mais recommence pas quand même : on n’a plus d’amandes maintenant. Et on balaiera ce soir (Ton père et moi rêvons d’un aspirateur Dyson, au moins la dépense sera justifiée grâce à toi) Elle mange comme un p’tit cochon, renverse son verre, en casse un autre, écrit (et réclame des dessins) sur ses mains (future tatouée !), ne finit pas son assiette, enlève ses chaussettes, crie (c’est qu’elle a besoin de crier, alors on crie ensemble « tatatata » façon Lapins Crétins, c’est rigolo), court partout dans la voiture au lieu d’aller dans son fauteuil (vers ses 2 ans, pour être à l’heure, on prévoyait 5 min de jeu libre en voiture, avant chaque départ)… Elle s’ennuie, semble irritable et renverse son bac de jouets : on évite d’exiger un rangement parfait – il est 19h15 et elle devrait déjà être à table, mais on a tardé à préparer le repas : toute confrontation peut virer en crise inutile. Son père a insisté quand même, sans crier ni se braquer, et tout a été rangé avant de manger.

Par contre, hors de question de :

  • dire des gros mots (même s’ils ne sont pas gros puisque « puer » n’est officiellement pas un gros mot, mais pour nous si, na!),
  • de s’en prendre aux animaux
  • ou d’abîmer les livres

(+ toute forme de violence, évidemment)

mon sang ne fait qu’un tour !

Sa vie est déjà frustrante : elle est trop petite pour plein de choses, a besoin d’aide pour plein de choses, ne peut pas aller dehors quand elle veut, jouer avec ce qu’elle veut, tout faire comme papa et maman, son cerveau immature ne maîtrise même pas ses émotions, etc. Et elle passe ses journées à la crèche, où il y a les règles de vie (comme manger avec ses couverts, chacun son tour pour jouer…). Alors à la maison, on limite surtout… les tensions ! Idem pour nous : passer sa journée au travail puis sa soirée à faire la police, non, merci.

Vas-y batchounet, remets-lui les idées en place !
Vas-y batchounet, remets-lui les idées en place !

Mais elle a tous les droits alors ? Ben non. La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. Quand j’ai appris ça en cours d’éducation civique, à 11 ans, j’étais choquée : comment ! Oser limiter la liberté ! Mécréants ! Assassins de la République ! Puis j’ai compris. Et c’est une notion que nous lui transmettons très simplement, en affirmant notre droit d’être respectés. Oui, elle a le droit de crier, de jouer au tambourin et tout le tintouin, mais des fois ça nous casse les oreilles: alors on lui demande de faire moins de bruit en lui expliquant pourquoi. Je n’aime pas Peppa Pig et donc je n’ai pas envie de le regarder à la télé. J’ai envie de lire, pas de jouer aux cubes. Etc. L’un de ses premiers gimmicks a d’ailleurs été « J’ai pas envie ». Edit (04/2016) : en fait, cela rejoint Thomas Gordon, à découvrir notamment sur l’excellent blog de S comme C, qui a traduit « Ce que tous les parents devraient savoir » (« devraient » non pas dans le sens d’une obligation – non mais !- mais dans le sens : ça serait plus facile pour eux avec ces éléments en tête)

Résultat : très peu de batailles. Je dois être pacifiste en fait, ou j’m’en foutiste et fière de l’être ! A force de questionner et de relativiser, j’en suis arrivée à des principes de vie que j’ai retrouvés dans la philosophie zen. J’aime voir mes propres principes joliment théorisés pour me donner raison avec de beaux arguments…

L'eau glisse canard
Ça glisse comme l’eau sur le dos d’un canard !
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