Dans le bus – 2 anecdotes en une

Deux anecdotes en une : l’incivilité croissante (à moins que ce ne soit mon pouvoir d’invisibilité qui monte en puissance ?) et les crises de décharge dans un lieu bondé.

Un lundi de novembre – 17h25. Une petite pluie froide nous cueille à la sortie de la crèche. La Miss est en extase devant ses nouveaux gants, et heureuse d’apprendre qu’on va « attraper le bus ». Je la sens pourtant tendue, à fleur de peau. Aujourd’hui, elle a mordu ET griffé. Autrement dit, elle a essuyé plusieurs remontrances sévères. Oui c’est grave, mais je pense surtout à son mal-être, très profond quand elle se fait engue…

Il fait nuit. Le bus arrive. Tout sourires dans mes bras, elle lui indique où stopper. Le bus est bondé (pas façon métro parisien « je respire l’aisselle du voisin », mais il n’y a plus de place assise, et les gens qui montent devant moi – ben oui, ils allaient pas me laisser passer – sont déjà debout). 1.20€ pour 10 minutes de trajet, super ! J’ai un sac à dos énorme, où se cache une gourde de compote. Pour la récupérer, j’essaie de poser ma fille de 2 ans -« Bonjour, excusez-moi !« – sur un des sièges larges où est déjà assis un gamin (17-20 ans ?), qui ne bouge pas. Elle veut redescendre, titube deux ou trois fois et rit. Je lui parle, à voix normale, dans le bus silencieux : « Tiens-toi ma chérie, il ne faut pas tomber. J’ai peur que tu tombes, assied-toi par terre pour manger ta compote. Là, je remets mon sac à dos, comme ça si je tombe ce sera plus rigolo« .

Une campagne de 2014 à Amiens.
Une campagne de 2014 à Amiens.

On entend dans ma voix l’espoir de m’écraser lourdement, sac à dos le premier, sur une des personnes assises, toutes valides, entre 30 et 55 ans. Ma fille n’a même pas une barre où se retenir. Le gamin ne bouge toujours pas. Je ne demande pas: s’il ne veut pas se lever, ni les autres, je ne vais pas supplier ou expliquer que j’ai une enfant de deux ans : c’est visible quand même, non ?

Un monsieur, juste en face du gamin (détail important), me propose aimablement sa place, expliquant qu’il descend dans deux arrêts – pourquoi cette justification ? -, je le remercie chaleureusement.

Et le cirque commence.

« Regarde ma chérie, le monsieur est très gentil il nous laisse sa place. » « Non, il est méchant, veux pas assis, veut ‘ester debout« . Cris, corps arc-bouté… une bonne petite crise de décharge. La première à laquelle je dois faire face dans un endroit aussi bondé (la précédente était dans une braderie. Je la portais un peu plus loin toutes les  min, on était en plein air, ça allait…).

Elle se met debout sur son siège, à 30cm d’une dame qui la dévisage l’air réprobateur/consterné (celui qui dit : qu’est-ce que c’est que ce petit monstre!). Elle balance ses mains, et les gants qui y sont attachés fouettent l’air juste devant deux lycéennes qui sursautent. Je réprimande ma fille : pas de geste violent même si elle est en colère. Je la rassois  rapidement : son oeil s’est allumée en voyant la réaction des lycéennes, je sens qu’elle va retenter l’expérience. Je lui offre sa compote. Elle la rejette… et de la compote s’envole en laissant une longue traînée sur le bus… et les chaussures du gamin qui n’avait pas bougé. J’ai commencé à penser à m’excuser, et puisqu’il avait l’air à la fois muet, aveugle et impoli, j’ai décidé de ne pas l’importuner avec mes excuses.

Moi ? Moment « Lancer de fleurs ». Calme, voix douce, sans crier, en acceptant ses émotions. Soyons honnêtes : le contexte m’a aidée. En temps normal, j’aurais été gênée de déranger tous ces braves travailleurs (parce que moi je rentre de Disneyland peut-être?) rentrant du travail en transport en commun. J’aurais tenté l’approche bienveillante mais peut-être avec moins de patience. Je serais peut-être descendue plus tôt (à 1.20 le ticket !!!).

J’aurais mal vécu les regards « cette mère va en faire un enfant tyran », « aucune autorité ! « , etc. Mais puisqu’ils nous avaient ignoré quand nous avions besoin de nous asseoir, je n’avais pas de scrupule à prioriser le bien-être de ma fille au leur. Mon côté poli et respectueux des autres, mon sens du vivre ensemble a ses limites : je ne peux pas (ne veux pas) être civilisée pour tout un bus !

Moi sortant du bus
Moi sortant du bus

Deux arrêts sont passés. Arrive le nôtre. J’attaque la traversée du bus (juste 1 ou 2 rangées en fait) sac énorme dans le dos et petite fille hurlant et gigotant devant. Pardon, pardon, excusez-moi. Deux lycéennes discutent, un homme est au téléphone juste devant la porte. Je n’ai pas la place de passer, personne ne bouge malgré mes excuses. Je répète « Excusez-moi » en haussant la voix. Une lycéenne se retourne, nous remarque (!) et se serre un peu. Je passe sans que ma fille ne parvienne à tirer ses longs cheveux ni à lui griffer le visage malgré ses efforts. Reste un obstacle : l’homme au téléphone. Qui ne lève même pas les yeux. Tant pis, technique roller derby, je passe en jouant des épaules. Ouf, sorties !

On marche un peu jusqu’à la maison. Enfin, je marche, elle dans les bras. Quand je lui dis que je l’aime même quand elle est en colère*, elle cesse de pleurer, fixe ses grands yeux bruns sur moi et me regarde l’air… Je ne sais pas. Elle m’évoque ces chatons encore un peu sauvages, tapis au fond d’une pièce, regardant la main approcher avec un air d’espoir et de crainte, souhaitant la caresse et se méfiant des coups. Alors je lui souris, lui répète que je l’aime, et elle retrouve son sourire et sa bonne humeur.

Depuis, je prends l’écharpe*. Surtout quand je sais qu’on prendra le bus.

 

* Je recommande le livre "Je t'aimerai toujours, quoi qu'il arrive", qui lui a beaucoup plu.
* Un mei teï en fait : le mysol de girasol, pour bébés jusque 15kg. Un vrai bonheur !

 

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3 commentaires sur “Dans le bus – 2 anecdotes en une

  1. Je découvre ton blog à l’instant, c’est le second article que je lis, je trouve très intéressante ta façon de penser, et d’agir.
    Être Parent, c’est pas une mince affaire, le regard des autres ne fait qu’intensifier la complexité de la chose.
    J’ai moi aussi une petite puce qui fêtera bientôt son premier anniversaire. Je me pose beaucoup de questions et réfléchis en permanence à son éducation même si elle est encore un peu petite. Mais entre la famille/belle-famille qui intervient sans cesse, les amis qui donnent leur point de vue (pas forcément malveillant mais c’est pas le leur quoi^^), et les gens qu’on croise un peu partout, c’est pas simple!

    Enfin, se remettre en question et réfléchir sur « comment faire? » c’est déjà être de bons parents paraît-il 🙂

    1. Merci beaucoup. Ma réflexion continue à se nourrir, grâce à d’autres blogs notamment, des livres… Et beaucoup d’intuition en fait.
      Et oui, c’est déjà assez difficile de se faire confiance, alors quand le reste du monde s’en mêle, voir pire, quand notre enfant va mal… Dur, dur ! C’est pour ça aussi que j’aime tenir ce blog (même si je manque de temps! arrgh, ton commentaire date de 2 mois, honte à moi), il me permet de me souvenir de plein de choses, des évolutions aussi.

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